La Compagnie Gilles Bouillon en tournée avec « La Révolte » de Villiers de l’Isle-Adam
« La Révolte », pièce incisive sur la condition féminine.
« Je veux vivre ! Je veux respirer le grand air du ciel ! » Le cri d’Elisabeth, héroïne de La Révolte de Villiers de l’Isle-Adam, résonne aujourd’hui avec une force inattendue. Écrite en 1870, cette pièce fulgurante, trop rarement montée, revient sur scène en 2025. Et elle n’a rien perdu de son pouvoir de sidération.
| Représentations : – Dimanche 1er Février à 17h au Ciné-Théâtre d’Eauze réservations à la médiathèque – 05 62 08 46 20 ou culture@mairie-eauze.fr – Jeudi 5 février à 20h30, vendredi 6 février à 14h (scolaire) et 20h30,samedi 7 février à 20h30 au Théâtre Montansier de Versailles réservation cliquez ici. – Jeudi12 février à 20h30 au Théâtre Municipal d’Auch Les places ne sont pas réservables et sont attribuées selon l’ordre d’arrivée. renseignements tel : 05 62 61 66 00. – Dimanche 15 Février à 16h à la Salle de la Comédie de Lectoure réservation office de Tourisme Gascogne Lomagne cliquez ici. |
Une femme de devoir qui dit non
L’action se déroule à Paris, chez Félix et Elisabeth, un couple bourgeois à l’existence réglée comme une horloge. Il est minuit, le travail s’est éternisé, la maison est froide. Elisabeth, épouse modèle, mère irréprochable, gestionnaire avisée qui seconde bien plus qu’elle ne suit son mari banquier, annonce soudain qu’elle part.
Elle a tout prévu : domestiques congédiés, bagages prêts, voiture commandée. Mais pourra-t-elle aller jusqu’au bout de cette rupture radicale ?
Une révolte sans amant : un geste politique
La force de La Révolte tient à ceci : Elisabeth ne quitte pas son mari pour un autre homme. Aucune passion clandestine, aucun romanesque. Elle part par conviction. Par nécessité vitale.
Sa vie ne correspond plus à ce qu’elle est. Elle refuse la morale bourgeoise, l’hypocrisie des affaires, la religion du profit. Elle rejette une société qui formate, qui étouffe, qui nie. Aujourd’hui, on la comparerait volontiers à Naomi Klein : une anticapitaliste avant l’heure.
Elle rompt au nom d’une fidélité plus haute : celle qu’elle se doit à elle-même.
Une parole libérée, un mari médusé
Jusqu’ici silencieuse, Elisabeth se met à parler. À parler vraiment. Elle ouvre les vannes d’un cœur longtemps comprimé. Face à elle, Félix, soudain démuni, découvre une femme qu’il n’a jamais entendue.
Le réquisitoire est implacable. Elle raconte une existence réduite au domestique, à l’obéissance, à l’effacement. Elle dévoile l’oppression des femmes, l’injustice d’un patriarcat qui les infantilise, les exploite, les nie.
Villiers de l’Isle-Adam, esthète allergique au matérialisme et au positivisme triomphants de son époque, prend clairement parti. Il célèbre la beauté des idées, le droit au rêve, l’utopie : les nuages plutôt que la boue.
Une pièce de 1870 qui parle à 2025
Bien avant Ibsen et sa Maison de poupée, Villiers met en scène une femme qui ose dire non. En 1870, ce geste est inouï. En 2025, il résonne autrement, mais il résonne encore.
Les consciences ont évolué, les combats ont changé de forme, mais la pièce oblige à regarder en face ce qui persiste : les injonctions, les renoncements, les aliénations intériorisées. Elisabeth ira-t-elle au bout de sa libération ? Ou est-il déjà trop tard pour secouer un joug inculqué depuis l’enfance ?
La question demeure brûlante.
Un drame en noir et blanc : Vallotton en filigrane
Pour cette nouvelle mise en scène, les créateurs assument la distance historique. Pas de transposition contemporaine, pas de réalisme naturaliste. Une stylisation épurée, intemporelle, inspirée de l’univers du peintre Félix Vallotton : intérieurs rouges, silhouettes tranchées, drames en noir et blanc.
Chez Vallotton comme chez Villiers, quelque chose brûle sous la surface. Une inquiétude sourde. Un feu sous la glace.
C’est cette tension, ce pressentiment, que la scène doit préserver.
Contact Compagnie G. Bouillon
Tél. : 06 12 56 61 40 ou compagniegillesbouillon@gmail.com
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