Féminicide de Sylvie Sanchez dans le Gers : trois ans après le drame, le procès de Daniel Malagut s’ouvre aux assises.
Du 2 au 5 novembre 2026, la cour d’assises du Gers, à Auch, jugera Daniel Malagut, accusé du meurtre de Sylvie Sanchez, tuée le 3 août 2023 à Préchac-sur-Adour. Derrière ce procès criminel, une autre bataille judiciaire se prépare : sept membres de la famille ont engagé une procédure contre l’État, estimant que les alertes et les menaces signalées avant le drame n’ont pas été suffisamment prises en compte.
Une soirée d’août qui a bouleversé tout un village
Le 3 août 2023, à Préchac-sur-Adour, dans le Gers, Sylvie Sanchez, âgée de 58 ans, perdait la vie dans des circonstances tragiques. Son ancien compagnon, Daniel Malagut, aujourd’hui âgé de 76 ans, est accusé de l’avoir mortellement percutée à plusieurs reprises avec sa voiture alors qu’elle tentait de lui échapper.
Selon les éléments rapportés par la presse et les déclarations recueillies au cours de l’enquête, les deux anciens compagnons avaient passé une partie de la journée ensemble avant de se rendre au restaurant. Au retour, une dispute aurait éclaté dans leur véhicule. Sylvie aurait alors tenté de fuir.
Des habitants, alertés par les cris, ont assisté à une partie de la scène. La victime a été heurtée à plusieurs reprises par le véhicule. Elle n’a pas survécu à ses blessures.
Après les faits, Daniel Malagut serait retourné à son domicile, à Galiax, commune voisine de Préchac-sur-Adour. Il y aurait incendié la maison ainsi que des véhicules avant de tenter de mettre fin à ses jours avec une arme à feu. L’intervention des forces de l’ordre, notamment du GIGN, a été nécessaire.
L’homme a été hospitalisé dans un premier temps, avant d’être placé en garde à vue lorsque son état de santé l’a permis.
Des menaces signalées avant le passage à l’acte
Mais cette affaire ne commence pas le 3 août 2023.
Plusieurs semaines avant sa mort, Sylvie Sanchez avait déjà fait part de ses inquiétudes concernant le comportement de son compagnon. Le 18 juin 2023, elle s’était rendue à la gendarmerie de Marciac afin de signaler des menaces de mort répétées et de déposer une main courante.
Les faits avaient donné lieu à une enquête préliminaire.
Le 5 juillet, Daniel Malagut avait été placé en garde à vue. Au cours de cette procédure, il avait été hospitalisé sous contrainte en psychiatrie après avoir menacé de se suicider. Ses armes lui avaient également été retirées. Le lendemain, Sylvie Sanchez avait déposé plainte.
Le 21 juillet, l’homme quittait l’établissement hospitalier.
Dix jours plus tard, le 31 juillet, il était de nouveau placé en garde à vue pour des menaces. Il avait finalement été remis en liberté quelques heures après, avec une convocation en vue d’une composition pénale prévue en novembre 2023.
Trois jours plus tard, Sylvie Sanchez était morte.
Cette succession d’événements constitue aujourd’hui un élément central de la démarche de sa famille. Pour ses proches, les différents signalements auraient dû conduire à une évaluation plus approfondie du danger et à des mesures de protection adaptées.
Une famille qui veut comprendre et obtenir des réponses
Depuis la disparition de Sylvie, ses proches vivent avec une question douloureuse : comment un tel drame a-t-il pu se produire alors que des menaces avaient été signalées plusieurs semaines auparavant ?
La famille estime que les différents signaux d’alerte auraient dû permettre d’éviter cette issue dramatique.
Cette interrogation ne relève pas uniquement du procès de l’homme accusé du meurtre. Elle concerne également le traitement des signalements, les décisions prises avant le drame et les éventuelles défaillances dans la protection de la victime.
Sept membres de la famille, parmi lesquels son frère, sa sœur, sa belle-sœur ainsi que ses neveux et nièces, ont ainsi décidé d’engager une procédure judiciaire contre l’État.
Représentés par leur avocat, Me Fabien Arakelian, ils demandent la reconnaissance d’une faute lourde de l’État. Ils contestent notamment l’absence de mesures de sûreté à l’issue de la garde à vue du 31 juillet 2023.
Cette procédure est distincte du procès criminel. Une audience est prévue le 11 février 2027 devant le tribunal judiciaire de Paris. À ce jour, aucune faute de l’État n’a été judiciairement reconnue.
Qui était Sylvie Sanchez ?
Au-delà des circonstances de sa disparition, il y a une femme, une tante, une sœur, une proche, une personne qui avait toute sa place dans la vie de ceux qui l’aimaient.
Sylvie Sanchez avait 58 ans. Conseillère immobilière depuis de nombreuses années, elle s’était également investie dans la vie locale en devenant conseillère municipale à Galiax, où elle résidait.
Installée dans le Gers depuis plusieurs années, elle avait noué des liens avec les habitants de cette petite commune.
Les témoignages recueillis à l’époque par la presse décrivaient une femme dynamique, appréciée pour sa bonne humeur et son engagement.
Sa disparition a profondément marqué ses proches, mais également les habitants des communes environnantes.
Des rassemblements et des hommages avaient été organisés dans les jours suivant le drame pour dénoncer les violences faites aux femmes et rappeler que les menaces et les violences conjugales ne doivent jamais être banalisées.
Du 2 au 5 novembre 2026, un procès très attendu à Auch
Plus de trois ans après les faits, Daniel Malagut comparaîtra devant la cour d’assises du Gers, à Auch, du 2 au 5 novembre 2026.
Il devra répondre de l’accusation de meurtre de Sylvie Sanchez. Les débats judiciaires devront permettre de revenir sur le déroulement de cette soirée du 3 août 2023, sur les circonstances du passage à l’acte et sur les événements qui l’ont précédé.
Pour la famille de Sylvie, cette audience représente une étape essentielle. Elle attend que les faits soient examinés dans leur intégralité et que les responsabilités pénales soient établies par la justice.
Mais les proches souhaitent également que les circonstances ayant précédé le drame soient pleinement examinées, afin de comprendre pourquoi les alertes formulées par Sylvie n’ont pas permis de la protéger.
Le procès criminel et la procédure engagée contre l’État répondent ainsi à deux questions différentes, mais profondément liées pour la famille : la responsabilité de l’auteur présumé des faits et les éventuelles défaillances institutionnelles qui auraient pu contribuer à rendre ce drame possible.
Faire entendre la voix des victimes et de leurs familles
Le féminicide de Sylvie Sanchez rappelle tragiquement que les violences conjugales ne commencent pas nécessairement le jour où une femme perd la vie. Les menaces, l’emprise, les intimidations et les violences psychologiques peuvent constituer des signaux d’alerte qui doivent être pris au sérieux.
Pour les proches de Sylvie, l’enjeu de ce procès dépasse donc la seule condamnation éventuelle de l’accusé. Il s’agit aussi de faire reconnaître la gravité des faits, de comprendre l’enchaînement des événements et d’obtenir des réponses aux questions qui les accompagnent depuis le 3 août 2023.
Sa famille ne veut pas que son histoire soit oubliée. Elle souhaite que son nom reste associé à une exigence de vérité et à la nécessité de mieux protéger les femmes confrontées aux menaces et aux violences de leur conjoint ou ancien compagnon.
Le 2 novembre 2026, à Auch, le procès de Daniel Malagut s’ouvrira devant la cour d’assises du Gers. Pour les proches de Sylvie Sanchez, trois années d’attente et de douleur trouveront dans cette audience un moment décisif : celui où les faits devront être examinés, les responsabilités jugées et, ils l’espèrent, certaines de leurs questions enfin entendues.
